Entretien Cloé FACQ (Savy-Berlette / Pas-de-Calais)

Cloé FACQ, formatrice à L’Institut Technique de Savy-Berlette (Pas-de-Calais), établissement partenaire du projet PLAPIMA. Depuis 7 ans, elle intervient sur des formations du CAP au BTS de la filière Maintenance des matériels.

Aujourd’hui, elle apporte son regard professionnel sur les faiblesses du secteur de l’agroéquipement, en matière de formation. Un retour d’expérience particulièrement enrichissant pour PLAPIMA !

Avez-vous déjà suivi une formation EVOFIA proposée par le projet ?

À ce jour, je n’ai pas encore suivi de formations EVOFIA, mais plusieurs sont d’ores et déjà prévues dans mon établissement. Et je compte bien en profiter ! Déjà, parce qu’il est toujours intéressant de confronter sa manière de faire à d’autres formateurs, mais aussi pour voir s’il y a des remises à niveau nécessaires sur certains sujets. En effet, il nous arrive de temps en temps de suivre une formation chez les constructeurs, mais ce n’est pas forcément très régulier. Ces formations EVOFIA nous offrent ainsi l’occasion de nous remettre à niveau.

Compte-tenu de l’évolution de la filière, des programmes et des technologies, quelles sont les limites que vous rencontrez aujourd’hui pour pouvoir construire vos cours ?

D’un point de vue technique, je vais avoir du mal à trouver des ressources – et plus particulièrement les schémas « pédagogiques ». Pour la structure et la forme de mes contenus, ma limite est principalement le manque de temps

Dès lors, comment arrivez-vous à construire vos contenus pédagogiques ?

Pour la partie technique, je travaille parfois en mode projet : chacun va rechercher les informations dans sa concession. Sans me donner les contenus, ils n’hésitent pas à les transmettre au groupe.

Pour la structure et la forme des contenus, comme je suis face à une grande diversité de public, j’ai essayé plusieurs solutions : imprimer les cours, leur faire recopier, mais d’un point de vue pédagogique, cela n’était pas pertinent…

Du coup, j’ai finalement conçu un livre de cours en motorisation : comme je suis souvent face à une grande diversité de public, j’ai opté pour la création d’un support avec une police d’écriture et une manière de rédiger qui soient adaptées à tous. Aujourd’hui, ce travail est quasiment abouti.

Mais, chaque année, ces cours (sans oublier les exercices) demandent des petits ajustements. Or, c’est cette veille constante qui est compliquée à tenir dans la durée

Que pensez-vous des logiciels disponibles sur le marché ?

J’ai passé un certain temps à essayer de trouver des logiciels qui me permettraient de réaliser mes propres schémas, adaptés à la fois au niveau et au public. Mais je n’en ai pas trouvé qui soit simples d’utilisation. C’est pour moi une réelle frustration, car il arrive qu’on ait une idée bien en tête, qu’on sache ce qu’on veut expliquer, comment on veut le montrer, mais que l’on ne trouve pas forcément le schéma ou l’illustration adaptés. Dès lors, on se retrouve à faire des dessins à main levée au tableau.

Il y a trois ans maintenant, l’Institut Technique de Savy-Berlettea investi dans un logiciel qui permet de faire des schémas électriques, hydrauliques, mais aussi de la cinématique associée pour des mouvements liés à des pilotages électro-hydrauliques. « Automotion Studio » est certainement un bel outil, mais je ne sais pas l’utiliser : dans l’établissement, personne n’a été formé.

Encore une fois, c’est toujours une histoire de temps… Du coup, on se retrouve par facilité, par simplicité, à chercher dans les documents existants.

Quelles seraient, selon vous les notions à prioriser dans les contenus à retravailler ?

Au-delà de l’aspect purement technique, la plus grande difficulté pour les apprenants aujourd’hui ce sont les méthodes de travail, les méthodes d’appréhension et de compréhension, celles de savoir lire un document, d’aller chercher les mots clés (surtout sur les sujets techniques !) qui vont leur servir à bien comprendre et répondre aux questions.

Pour preuve, tous les ans, je mène une évaluation de rentrée qui n’est pas notée, dans laquelle je demande de tracer un cylindre avec des dimensions, le diamètre en vert et la hauteur en rouge. Dans le schéma, il faut ensuite entourer telle pièce et colorier de telle couleur une autre pièce : 50% de la classe échoue, car elle va trop vite et ne lit pas les questions. Ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas le faire, c’est parce qu’ils ne prennent pas le temps de le faire…

Quelles sont les raisons qui vous ont amené à rejoindre le projet PLAPIMA ?

Le projet PLAPIMA m’a tout de suite semblé intéressant et utile pour notre profession ! Nous avons du mal à recruter de nouveaux collègues, et un enseignant débutant a souvent une charge de travail énorme.

De plus, comme nos métiers en maintenance agroéquipement évoluent sans arrêt, ce projet peut faciliter l’accès aux formations et aux ressources pour garder une bonne veille technique.
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai souhaité y participer en première instance.

Le consortium PLAPIMA réunit aussi bien des acteurs de terrain comme Cloé FACQ, que des chercheurs et des experts en didactique pour produire des contenus réellement adaptés aux besoins de la filière.